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FICHE | Site inscrit - SIN0000444 - Promenade, péristyle du gravier et leurs abords
Procédure  Arrêté 06/11/1946
Arrêté d'inscription

Commune(s) d'Aquitaine
AGEN  (47)
Commune(s) hors Aquitaine
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Autre zone
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Critère
Site d'intérêt historique et pittoresque

Statut de propriété

Type de site
Château, parc et jardin, domaine, allée d'arbres, square

Superficie: 11.63 hectares
 (superficie calculée par la méthode cartésienne sur la donnée géographique en projection légale Lambert 93)

Motivation de la protection

Le 28 avril 1927, la commission départementale des sites demandait (déjà !) le classement de la place Jasmin et de la célèbre promenade du Gravier. Le dossier revient à l’ordre du jour en 1942. A chaque fois, la proposition concerne la promenade du gravier mais également la place jasmin, place demi-circulaire qui est une sorte de rotule entre l’espace linéaire parallèle au fleuve et le boulevard de la république, l’artère est/ouest de la ville.
« Nous avons tenu à examiner sur place la question car nous avions le souvenir très net d’un ensemble considérablement détérioré. La promenade du Gravier est belle, elle est célèbre, elle justifie l’inscription. On ne peut que déplorer les aménagements divers qui la déparent (statue, pergola, kiosques, etc…) »
« Bordant la rive droite de la Garonne, limitée par un beau quai de pierre, c’est une belle plantation de platanes, aux longues branches. Primitivement comme un orme témoin nous le montre, la promenade devait être encore plus importante. Il est à regretter que les immeubles bordant cette dernière ne répondent pas à sa beauté, simples maisons sans style et sans ordre, plus loin, un mur de caserne, ailleurs, ce sont des garages sans intérêts. Seuls par endroits, des jardins touffus viennent mettre une note de beauté dans cet assemblage disparate ; de beaux jardins dont la partie supérieure en terrasse repose sur l’ancien mur de fortifications ; l’un d’eux possède même des restes d’une belle tour circulaire, cachée elle-même en partie par un garage sans beauté, dans sa partie la plus large au nord, le Gravier est bordé d’une suite de maisons avec galeries sans arcades ; ce sont les seules intéressantes de tout ce pourtour. » (Extrait du rapport général de l’inspecteur régional des sites)
Le périmètre n’englobera pas la place Jasmin.

Etat actuel du site

•Environnement du site :
La ville d’Agen a été bâtie en rive droite de Garonne, à quelques distances du fleuve pour se prémunir des débordements les plus fréquents. La promenade du Gravier occupe l’espace entre la frange ouest de la ville et le fleuve, en amont du quartier des îles qui lui, s’est développé en bord de Garonne. C’est un quartier plus récent, au tissu urbain plus lâche que le cœur ancien (XIX ème/XX ième ) dont la destination était industrielle ou artisanale. La protection contre les crues par la digue a permis au quartier d’évoluer.
A proximité du site, se trouvent plusieurs édifices protégés. La Fontaine de Lomet , construite par le baron Lomet en pied de rempart, entre 1808 et 1810, est le témoin de l’art des jardins du début du 19ème. Elle est aujourd’hui dans un angle du parking de la CCI.
Un peu plus au sud, l’hôtel particulier Hutot de Latour est un bel exemple d’architecture classique, construit sur le rempart, en brique rose, entre 1753 et 1755. Il domine un petit jardin régulier recomposé en 1953 et actuellement en friche. La tour de la Poudre, à l’angle sud de la propriété, après avoir été une tour d'angle de l'enceinte de la ville au XIVe siècle, a été transformée au XVIII ème en salon de musique. Cet ensemble immobilier fait actuellement l’objet de projet pour une transformation en hôtel de standing ou accueil d’activité tertiaire.
A l’ouest, en bordure de site, la « passerelle » piétonne enjambe le fleuve, joignant Agen à la ville du Passage. Elle a été profondément transformée en 2005, perdant ses quatre piles de pierre.
Au nord se trouve la place Jasmin, hors site, elle fait pourtant partie des descriptions du rapport de protection. C’est une place en demi-cercle dominée par des immeubles élevés occupés au rez-de -chaussée par des commerces et restaurants.
A 700m, au nord du site, le canal latéral traverse le fleuve grâce au pont-canal (2ème plus long de France, 580m) construit en pierres de taille de 1839 à 1843.
Au sud, en limite de site, le pont de pierre construit début XIX ème, a été démoli et remplacé par un pont en béton vers 1970 (après la protection au titre des sites). D’après les cartes postales anciennes, il ressemblait au pont canal, construit également en pierre de taille.

•Description du site :
Le site occupe l’espace public entre la ville et le fleuve. Il s’étend du quartier des îles au nord, jusqu’au « pont de pierre », au sud. Il comprend la grande esplanade du Gravier, le péristyle ainsi que le cours Gambetta.
L’espace qui est appelé « Le Gravier » est une ancienne île, dont la surface variait jusqu'au XIVème siècle avec les crues de la Garonne, et qui accueillit depuis Louis XIII les plus grandes foires de la région.
La promenade a été aménagée au XVIIIème et durant la première moitié du XIXème.
L’aménagement de ce type d’espace public était simple : grandes allées plantées d’arbres, ce qui garantissait une polyvalence d’usages. Sur le cadastre napoléonien, figurent quatre rangs d’arbres côté est, de part et d’autre de l’avenue et, côté fleuve, compte tenu de la forme triangulaire, de quatre à sept rangs d’arbres. Entre ces deux structures est laissé un grand espace sans plantation. Le rapport de 1942 mentionne un orme, dernier témoin des plantations antérieures. Depuis le XIX ème siècle, les alignements sont constitués de platanes. Ces structures végétales sont encore en place (22 sujets) mais présentent des lacunes par endroits. Actuellement, la composition paysagère est symétrique selon un axe nord/sud. Au centre, s’élève le kiosque à musique, dont la silhouette en ossature métallique est élégante. De part et d’autre, les deux parterres de gazon, fleuris en bordure sont ornés de bassins et accueillent des groupes sculptés de belle facture, datant du début XXème, au nord, le péristyle constitue le fond de scène de la grande perspective sud/nord du gravier. Il est composé d’un ensemble de façades supportées par une série d’arcades élevées et étroites.

A noter, à l’opposé exactement du péristyle, en extrémité sud du site, un petit bouquet de cèdres sur les talus d’accès au nouveau pont de pierre, motif végétal symétrique de part et d’autre du pont (mais l’autre bouquet est hors site) .
La promenade du gravier est un lieu important pour les agenais : joueurs de boule, élèves du collège Jasmin, vélos, rollers, sportifs, marché du samedi matin et diverses manifestations (fête foraine, cirques, vides greniers, concours de pétanque, salon de l’automobile d’occasion, …), polyvalence d’usage qui reste dans l’esprit des lieux.
Et pourtant …. Certaines de ces multiples fonctions affectent ses qualités et le dénaturent :
- Il est fortement pollué par l’important trafic routier du boulevard, qui maintient un bruit de fond permanent. La voie sur berge, autre circulation routière l’a coupé définitivement des vues sur le fleuve.
- Grand espace libre donc « vide », il sert d’aire de stationnement. Au sud, c’est un grand plateau libre non revêtu, au nord, il y a deux parkings, l’un devant le péristyle, et un second, sous les platanes.
- Une piste cyclable a été construite entre deux rangs de platanes, en parallèle à l’avenue. C’est intéressant pour le développement des circulations douces mais il n’est pas impossible que le système racinaire de ces vieux sujets aient été affectés par les travaux.
- L’aménagement de défense contre les crues a inversé les pentes, proposant des gradins à contre-pente du relief naturel,
- La voie sur berge constitue une césure forte, modifiant la relation au fleuve.
Néanmoins, depuis le quai et depuis la promenade sur digue, les vues sont belles sur le fleuve, le pont canal et le coteau. Des panneaux d’interprétation sur le fleuve et l’histoire des activités de Garonne ont été installés en juillet 2010.

•Etat actuel du site :
Depuis la protection, le site a été dégradé, par les voitures qui circulent et se garent et son espace est consommé par différents équipements qui tendent à s’étendre.
Dans l’ensemble, l’état sanitaire des platanes semble bon. Malgré tout, certains sujets présentent de grandes béances. Des campagnes de taille sont organisées régulièrement, conduites en alternance selon les alignements. Certains alignements sont restés dans un environnement perméable et peu compacté, d’autres sont entourés de goudron et soumis aux risques de chocs des conducteurs maladroits.
Les bords du kiosque et les deux parterres de gazon sont bien entretenus.
Le sol de l’espace de stationnement sud étant non revêtu, le passage des véhicules les jours de pluie crée de grandes ornières.
Lors de la création de la voie sur berges et des protections contre les crues (projet 1992) le choix a été fait de conserver les anciennes cales en bordure de Garonne et de limiter l’abattage des platanes. Actuellement, l’équipe municipale veut renouer avec le fleuve. Les quais ont été dégagés durant l’hiver 2009/2010. Depuis février 2010, la voie sur berges est interdite aux véhicules le dimanche après-midi, permettant aux piétons et deux roues d’y circuler librement. Durant l’été 2010 un concours de maîtrise d’œuvre a été lancé pour l’aménagement de ces berges.

Enjeux et préconisations

La ville d’Agen n’a pas à proprement parlé de parc public, quelques squares modestes toujours ceinturés par des rues circulées. Le Gravier fait office de parc. La majesté des vieux alignements, l’échelle du lieu, la sensation d’espace, la proximité de Garonne, la présence du ciel sans le prospect rapproché des façades font de ce lieu un site privilégié de promenade et de détente.
La protection au titre des sites doit servir de levier pour inciter à une prise en compte plus globale du Gravier, avec le maintien et la mise en valeur de ses qualités spatiales, paysagères, de sa dimension urbaine, de son rôle social et son échelle exceptionnelle.
La volonté municipale de retrouver le fleuve, va dans ce sens.

Préconisations :
- Disposer d’un état sanitaire complet et actualisé des alignements de platanes et d’un plan de gestion.
- Dans le cadre du projet de rénovation du centre ville « Agen cœur battant » en cours d’étude qui va conditionner la circulation automobile et les lieux de stationnements, éviter que l’entité du Gravier ne soit morcelée, avec des éléments de projets qui répondent l’un au projet des berges, l’autre aux problématiques de stationnement, etc…
- Elaborer un cahier de recommandations qui garantisse l’intégrité du site et le protége contre le phasage et le découpage des projets divers.
- Rechercher une solution satisfaisante de traitement de sol pour tous les espaces minéralisés et ombragés par les platanes (trottoirs, contre-allées, placette du marché, … ménager des espaces perméables autour des arbres et retrouver une régularité de surface pour les piétons).
- Prévoir dans le document d’urbanisme de la commune un zonage et un règlement adaptés pour préserver ce site et ses arbres (platanes, cèdres…).
- Maintenir ou restaurer la qualité du bâti qui borde la place.
Visite de terrain en juin et juillet 2010

Ressources