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FICHE | Site inscrit - SIN0000359 - Front des remparts et place des Cornières
Procédure  Arrêté 20/11/1952
Arrêté d'inscription

Commune(s) d'Aquitaine
TOURNON-D'AGENAIS  (47)
Commune(s) hors Aquitaine
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Autre zone
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Critère
Site d'intérêt historique et pittoresque

Statut de propriété

Type de site
Bourgs, centres anciens, bastide, patrimoine urbain

Superficie: 1.08 hectare
 (superficie calculée par la méthode cartésienne sur la donnée géographique en projection légale Lambert 93)

Motivation de la protection

« La ville de Tournon située sur une colline rocheuse dont elle épouse les formes est à un croisement de routes qui viennent aboutir en étoile au pied de ses remparts (…). Tournon offre aux regards l’ensemble de ses maisons groupées dans ses remparts presque intacts. De la terrasse du Jardin Public la vue s’étend dans la direction de Laroque Timbaut, de l’esplanade du côté opposé ce sont les coteaux qui bordent le Lot que l’on aperçoit, de tous côtés le site est superbe. En dehors des maisons qui font corps avec les remparts et se sont souvent édifiés sur eux, il faut citer les maisons de la Place Centrale dont plusieurs ont conservé leurs cornières, et qui dans un angle offre un beau beffroi du XVIIème siècle et une horloge dont le mouvement est inscrit à l’inventaire des objets mobiliers, une ancienne église à belles ouvertures romanes et à clocher transformée en habitation et qui est également inscrite.
(…) Nous demandons l’inscription à l’inventaire des sites des maisons faisant le tour des remparts et de celles qui constituent la place des Cornières ».
(Rapport Général préalable à l’inscription - 1952)
En 1966, la commission des sites avait donné un avis favorable sur l’opportunité d’étudier une extension du périmètre de protection. Après une visite du site en 1972, l’inspecteur des sites a émis l’avis qu’il n’était pas opportun d’inscrire la totalité de la commune, par contre il pensait qu’une extension du site pouvait être envisagée. Aucune suite n’a été donnée à cet avis.

Etat actuel du site

• Environnement du site :
Le site de la ville de Tournon d’Agenais se trouve dans le Pays de Serres, entre Lot-et-Garonne, dans le bassin versant du Lot. Tournon se trouve au carrefour de quatre grandes voies : route de Fumel au nord, route de Villeneuve-sur-Lot à l’ouest, route d’Agen au sud et route de Cahors à l’est. Depuis ces routes, tel un paquebot émergeant des collines boisées, se dresse la silhouette de Tournon. L’ancienne bastide royale, fondée en 1270 par Raymond VII Comte de Toulouse s’est implantée sur un relief isolé des plateaux voisins par la vallée du Boudouyssou au sud et par la vallée de Camp-Beau au nord. Les pentes de ce relief sont raides, elles se dressent à plus de 80m au-dessus de la vallée du Boudouyssou.
Le cœur ancien de la bastide occupe l’intégralité du « plateau » perché, dont les remparts épousent et soulignent la forme en amande. Le pied de rempart est longé par une promenade plantée de tilleuls, de robiniers faux acacias et sophoras (double alignement). Elle mesure environ 10 mètres de large et offre d’amples vues sur la campagne alentour, et notamment sur la vallée du Boudouyssou au sud. Cette promenade du tour des remparts permet de comprendre le site géographique de la bastide, sa forme, elle permet de découvrir les élévations importantes des maisons qui se sont édifiées sur le rempart et donne à voir le paysage environnant. Malgré ce potentiel remarquable, la promenade est bien hors site. En certains endroits, elle surplombe un second mur de soutènement, en contre-bas duquel se trouvent d’anciens jardins ; Cette présence de jardins est devenue rare, dans l’ensemble, la promenade domine le boisement naturel qui a gagné les pentes raides, même s’il reste quelques rares prairies.
Sur la promenade, au sud-est, un espace belvédère a fait l’objet de récents aménagements (barrière, béton). A proximité se trouve un oratoire niché contre le rocher. Des rampes permettent de franchir le dénivelé et rejoindre le cœur du village.
La vallée du Boudouyssou reste ouverte par l’agriculture (cultures, prairies, vergers). Les structures bocagères sont assez présentes dans ce secteur, des fermes isolées ponctuent le paysage, relayées par des implantations bâties plus récentes et moins qualifiantes implantées en bord de route, liées à l’artisanat ou au commerce.
Les nouveaux quartiers se sont développés au nord est du relief, au pied des pentes les plus raides, selon une forme de triangle entre les routes de Fumel et de Cahors. Outre des maisons d’habitation, les extensions comprennent une gendarmerie, quelques commerces, un secteur sportif et un camping en cours de réaménagement. Le faubourg ancien s’était également développé à proximité de ce carrefour mais en adossement du relief. Il faut noter le caractère pittoresque de la route qui partant de ce nœud routier, s’enroule contre le versant et rejoint la bastide : elle offre une sorte de déroulement de paysage tout à fait intéressant. Elle est bordée d’arbres et certains passages sont équipés d’un garde-corps bien dessiné qui sans doute protégeait autrefois les visiteurs qui gravissaient à pied la colline.

Le périmètre protégé exclu le centre de la bastide. La structure orthogonale reste très lisible, les rues et ruelles se coupent en angle droit. La place centrale présente un ancien puits, elle est dédiée, pour une grande partie au stationnement, ombragé par quelques tilleuls. Non loin de la place se dresse l’ancienne maison des évêques d’Agen appelée « Abescat », protégée au titre des Monuments Historiques et transformée en salle de spectacle. L’église, construite à l’extrémité sud de la bastide, présente la particularité d’un clocher-château d’eau. Cet élément architectural insolite par sa forme est très visible en vue lointaine, il signe la silhouette de Tournon.

• Description du site :
Le périmètre est restreint et discontinu. Il comprend d’une part les immeubles et parcelles non bâtis implantés sur le front des anciens remparts, depuis le pied du rempart jusqu’au pied de façade, à l’intérieur de la bastide et d’autre part, une partie des bâtiments qui bordent la place dite des cornières.
Les remparts ont épousé la forme du relief et ont été édifiés sur la rupture de pente. C’est pourquoi les immeubles présentent des élévations de 4 à 5 niveaux sur l’extérieur alors qu’à l’intérieur de la bastide, ils se présentent comme de modestes maisons de village à deux niveaux. Cette différence d’altimétrie se mesure également au niveau des anciennes portes médiévales accessibles depuis la promenade des remparts par des rampes au profil sévère.
Les maisons sur le rempart sont mitoyennes et constituent un front bâti relativement homogène, construit en pierre calcaire, parfois enduit. Certaines maisons prennent appui sur le rocher. Côté extérieur, le front des remparts est continu mais côté bastide, il y a quelques jardins réservés sur le rempart, par exemple dans la rue des Pénitents ou bien le jardin de l’ancien couvent, ou bien encore le petit jardin public . Cet enclos a été aménagé à la manière d’un square régulier avec des ifs taillés, des buis, et plusieurs arbres dont des marronniers. Il accueille le monument aux morts de la guerre de 14-18 ainsi qu’un calvaire. C’est un balcon exceptionnel sur la vallée du Boudouyssou. Une table d’orientation permet de mieux se repérer dans ce grand paysage.
Les deux écoles de Tournon sont situées sur le rempart, l’une à l’extrémité ouest, l’autre à l’extrémité est.
Plusieurs portes permettent l’accès à la ville : porte des pénitents, porte des géants, porte d’Angleterre, porte des Armagnacs… Certaines permettent l’accessibilité aux véhicules, c’est le cas de la porte d’Angleterre au nord, d’autres seulement aux piétons c’est le cas de la porte des géants à l’est.
Sur la place centrale, ont été conservées plusieurs maisons à cornières ainsi que la halle. Les maisons présentent parfois des pans de bois. Certaines des arcades sont en arc brisé et forment des "couverts". La mairie se trouve au-dessus de la halle qui fait la jonction entre la place des cornières et la rue de Pénitents. Toujours sur la place, se dressent le beffroi et l’horloge lunaire. L’espace public est hors site.

• Etat actuel du site :
De manière générale, le bâti est entretenu, même si certaines restaurations manquent de finesse à l’intérieur de la bastide (pas nécessairement en site).
Les espaces publics ont un caractère routier assez ordinaire qui convient, ou bien ils ont été aménagés et ont alors pris un caractère un peu trop urbain. Par contre, la voiture est trop présente notamment sur la place de la bastide.
Le jardin public est soigné, de même l’entretien de la promenade des remparts qui est hors site mais intimement liée au lieu, est exemplaire.
Concernant les abords, la carte IGN mentionne des pentes ouvertes. Aujourd’hui la plupart des parcelles en pente sont fermées par des boisements feuillus (spontanés) ou par de la lande (évolution des pelouses calcaires).
Le développement de la commune est encadré par un Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLU I) associé à une charte paysagère en cours de réalisation.

Enjeux et préconisations

Enjeux :
La silhouette de Tournon se repère de loin, c’est un motif emblématique du paysage de Lot-et-Garonne, elle signale notamment l’entrée dans le département pour qui vient du Lot. C’est une belle silhouette, caractérisée par son front bâti de couleur claire qui tourne autour du relief. Les flancs gagnés progressivement par les boisements spontanés isolent la bastide du paysage agricole alentour et semblent la hisser au ras du ciel. La forte topographie et la déprise agricole ont ménagé ce motif, le protégeant du mitage. Relativement bien conservé et entretenu, situé au carrefour de routes de transit, le site lui-même est de faible superficie, il ne protège que du bâti. Or ce qui caractérise Tournon d’Agenais, c’est bien la dimension paysagère du site, le rôle de silhouette emblématique dans ce secteur nord-est du département , également cette position de belvédère donnant à voir une belle vallée agricole encore préservée du mitage, la vallée du Boudouyssou. La promenade des remparts mérite d’être signalée.

Préconisations :
- Revoir le périmètre de protection actuel, qui ne présente pas de logique topographique, paysagère, ni urbaine. Il est lacunaire.
Il faudrait étendre le site et prendre en compte à minima les flancs du relief et l’intérieur de la bastide. Pourrait être étudiée l’hypothèse d’un périmètre qui englobe les paysages vus depuis le haut de la bastide, à savoir la vallée du Boudouyssou.
- Garantir la pérennité des ouvertures visuelles depuis la promenade des remparts, renforcer ces ouvertures.
- Encourager la restauration de la bastide, bâti et espaces publics, tout en préservant le caractère rural des lieux.
- Conserver le jardin public avec ses topiaires et son vocabulaire formel de square.

Visite de terrain en juin 2010

Ressources