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FICHE | Site inscrit - SIN0000124 - Château du Bourdieu et son parc
Procédure  Arrêté 20/01/1981
Arrêté d'inscription

Commune(s) d'Aquitaine
SAINT-MEDARD-EN-JALLES  (33)
Commune(s) hors Aquitaine
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Autre zone
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Critère
Site d'intérêt historique et pittoresque

Statut de propriété
Privé

Type de site
Château, parc et jardin, domaine, allée d'arbres, square

Superficie: 29.95 hectares
 (superficie calculée par la méthode cartésienne sur la donnée géographique en projection légale Lambert 93)

Motivation de la protection

« Le domaine du Bourdieu est une propriété d’une trentaine d’hectares située au centre de l’agglomération de Saint-Médard-en-Jalles face à la place de la République.
Le Château Bourdieu aux proportions harmonieuses est entouré d’un parc de très grande qualité. En parcourant les allées de châtaigniers, des peupliers, des chênes qui pénètrent dans cet ensemble boisé, on découvre les nombreuses essences d’arbres qui lui confèrent son indéniable qualité.
Il est important que l’on puisse préserver au cœur d’une commune qui s’urbanise un domaine boisé de cette importance où l’on compte pas moins d’une trentaine d’essences d’arbres différentes.
La commune consciente de l’intérêt de cette conservation a considéré que cette propriété devait faire l’objet dans le cadre du Plan d’Occupation des Sols d’une réservation pour parc public.
C’est un site unique dans le pays et il serait souhaitable de la protéger afin de conserver à cette commune qui fait partie de l’agglomération bordelaise, ce « poumon vert » d’un très grand intérêt » (Avis de l’inspecteur des sites – 1980).

Etat actuel du site

Environnement du site :
Au nord-ouest de l'agglomération bordelaise, sur le territoire de la commune de Saint-Médard-en-Jalles, le château et parc du Bourdieu est situé en plein centre ville.
La commune est traversée d’est en ouest par un axe de communication qui relie Bordeaux à Lacanau (RD 6 puis RN 215), axe autour duquel le centre ville s’est développé, tandis qu’à sa périphérie immédiate les 30 hectares boisés du domaine du Bourdieu sont restés préservés.
Ce domaine est limité à l’est, par l’avenue Delmestre, à l’ouest par le chemin de Cassy-Vigney qui relie le noyau central de Saint-Médard-en-Jalles (mairie, église, commerces,...) à Saint-Aubin-de-Médoc (avec en particulier le site du lycée Sud-Médoc), au Sud par le bâti historique qui borde l’avenue Montesquieu (RD 6) et l’avenue de la Boétie (RD 107) et au nord par la commune de Saint-Aubin-de-Médoc.

Description du site
Historique (Sources historiques : diagnostic paysager pour la réhabilitation du parc du Bourdieu – bureau d’études ADRET – février 2001)
Construit au XVIIIe siècle (il figure déjà sur des plans de 1748), le château du Bourdieu se situe à la frange Nord-Est de Saint-Médard. Il est la propriété du Sieur Delmestre, courtier Royal à Bordeaux. Il appartenait à la classe des négociants en vins attachés au mouvement agronomique du XVIIIe siècle qui a fait la richesse de la région.
A la fin du XVIII° siècle, le domaine couvre « 166 journaux, 18 règes et 7 carreaux », sur « la paroisse de Saint-Médard ». Il s’agit d’un domaine essentiellement viticole comprenant également quelques terres labourables et un vaste patrimoine boisé. Les vignes sont situées au Nord et à l’Ouest du Château. Vers l’Est, s’étendaient les « bois taillis » de la Renardière, des acacières (pour les piquets) et des « pignadas » (pinèdes). Autour du château étaient situés « jardin, cours, puits, acacias taillis, pelouses et allées » ainsi que des « garennes » (pacages).
Certains éléments de cette occupation du sol et de l’organisation du domaine sont encore présents ou restent perceptibles. Le domaine à son extrémité sud présentait, côté parc, cinq allées dessinées par un tracé en étoile typique de la grammaire Classique :
- L’allée centrale et l’allée située vers l’Est en direction du bois de la Renardière
- L’allée transversale Nord qui desservait des vignes et traverse aujourd’hui un taillis
- Le bois de la Renardière
- Le taillis d’acacias au centre du domaine (voir zone H sur le plan de 1792)
- La terre labourable située au Nord-Ouest du château (voir zone L sur le plan de 1792), dont la « prairie ».
Ces cinq allées plantées d'arbres de hautes tiges permettaient de desservir les vignes, les parcelles agricoles et les bois.
Le vignoble est mentionné en 1797, dans le « Guide des vins du Médoc » d’Edouard Feret. Le Château Le Bourdieu est classé Cru Bourgeois (propriétaire C. Meyniac). La surface de la propriété est de « 115 hectares dont 30 sont consacrés à la vigne ». « Le vignoble cultivé avec le plus grand soin est situé sur un sol partout graveleux. Ses vins sont des plus estimés de la commune ».
La production viticole ainsi que le bon entretien du domaine sont poursuivis jusque vers 1920.

Etat actuel
Le château aux proportions harmonieuses était entouré d’un parc de grande qualité. En parcourant les allées des châtaigniers, des peupliers et des chênes qui pénètrent dans cet ensemble boisé, on découvrait les nombreuses essences d’arbres qui lui conféraient son indéniable qualité.
Le manque d'entretien et le passage de la tempête de 1999 ont occasionné beaucoup de dégâts, mettant à terre la quasi totalité des arbres hérités du XIX° siècle et bouleversant l’ensemble du site. Les travaux de bucheronnage pour déblayer le terrain laissent le site dans un état de délabrement sur une grande part de la superficie.
Le « Diagnostic paysager pour la réhabilitation du parc du Bourdieu », suite aux dégâts de la tempête de 1999 a permis de dégager huit zones homogènes composant la structure paysagère du domaine.

• la zone ornementale en façade avant : située au sud du château elle correspond à la cour d'honneur, entre la façade principale et la grille du portail d'entrée. Elle est encadrée à l'ouest et à l'est par deux longs bâtiments, autrefois dépendance du domaine. (environ 3250 m²). Il s’agit d’espaces verts d’accompagnement du bâti et de la cour destinés à marquer l’entrée du domaine. La situation « côté ville » de cette plantation lui confère en outre un rôle de représentation sociale.

• La zone 2 est un parc boisé de 2,6 hectares situé en façade arrière du château et le long de la limite Sud du domaine, matérialisée par un haut mur de pierre. Comme la zone précédente, ce secteur correspond à un espace d’agrément autour du château. Sa structure et sa composition sont, à l’origine, ceux d’un parc arboré destiné à un usage privé. Faute d’entretien adapté, il montre aujourd’hui les traces d’une « dérive paysagère ».

• La zone 3 forme une bande transversale de 80 à 200 m de large, au nord de la zone 2. Sa surface est d’environ 6,5 hectares. Avant la tempête de décembre 1999, il s’agissait d’un boisement mixte de chênes et de pins, haut et dense, comportant des sujets plus que centenaires.
La tempête a ravagé ce secteur, ne laissant debout que des gros chênes épars et de rares pins qui dominent un sol bouleversé par d’énormes souches renversées et jonché de débris végétaux laissés suite à l’exploitation « sauvage » des arbres tombés. De jeunes pousses d’arbres (surtout des acacias et des merisiers, essences pionnières) forment un tapis bas et irrégulier.

• La zone 4, d’une surface d’environ 1,6 hectare est le prolongement du bois de la Renardière au Nord de la zone 3, en bordure de l’avenue Delmestre.
Ce boisement avait, avant la tempête, les mêmes structures et composition qu’en zone 3 (boisement mixte de chênes et de pins). La tempête a totalement détruit la couverture arborée de ce secteur.

• La zone 5 occupe quasiment tout le tiers nord du domaine. Sa surface est d’environ 10,2 hectares. Il s’agit d’un taillis dense de 5 à 15 m de haut sous une futaie de 20 à 30 m comportant des sujets plus âgés, en densité irrégulière. Une allée Est-Ouest (la seule du domaine) traverse cette zone en son centre. On retrouve cette allée sur les plans de la fin du XVIII° siècle, séparant un taillis au Nord de vignes ou de terres cultivées au Sud. Probablement à cause de la densité du taillis bas, la tempête a épargné cette zone, ne touchant que les cimes des plus grands arbres.
• La zone 6 occupe un espace d’environ 3,5 hectares au centre du domaine, dans l’axe de l’allée centrale. Il s’agit d’une lande herbeuse parsemée de quelques arbres et buissons épars. Au début du XIX° siècle, ce secteur était encore en vignes.
• La zone 7 est située en bordure du chemin de Cassy-Vigney, à l’angle Sud-Ouest du domaine. Sa surface est d’environ 3,5 hectares. C’est une zone très hétérogène issue de l’abandon de vignes et de terres cultivées.
• La zone 8 est située au centre du domaine, à l’Est de la zone 6. Sa surface est d’environ 2 hectares. Il s’agit d’un taillis homogène de Robiniers, exploité naguère pour le piquet de vigne. Le peuplement est jeune (5 – 10 ans) avec quelques rares sujets plus âgés.

Même si le parc a subit de lourdes transformations liées notamment à la tempête de 1999, sa composition en sous secteurs et sa trame d’axes structurants constituent les traces de ce patrimoine paysager qu’il est toujours possible de mieux mettre en valeur.

Enjeux et préconisations

Il est important de préserver au centre d’une commune qui s’urbanise un domaine boisé de cette importance où l’on ne compte pas moins d’une trentaine d’essences d’arbres différents. C’est un site unique qu’il convient de protéger afin de conserver le patrimoine de ces grands domaines historiques et qui, au cœur de l’agglomération bordelaise participent à la constitution de la trame verte d’un très grand intérêt. Ce parc constitue une pièce maîtresse dans la trame des continuités écologiques nord-sud, reliant les jalles, axe est-ouest de la trame verte et bleue intercommunale.
Le parc est souvent emprunté par des promeneurs ou des usagers divers qui ont plaisir à traverser cet écrin de verdure en pleine agglomération urbaine. Non clôturé sur une grande partie de sa périphérie, les axes piétonniers historiques, suivants une composition en « rayonnement » depuis le château, ouvrent des connexions entre ce « poumon vert » et les quartiers environnants, ce qui constitue une particularité d’un tel domaine classiquement peu traversé.
D'autant plus que, situé au cœur du bourg de Saint-Médard-en-Jalles, ce domaine est menacé par la pression urbaine et la spéculation foncière. Le renforcement de sa protection par un classement a été estimé nécessaire de longue date. Ce projet de classement fait partie du programme pluriannuel de protection établi par la DIREN Aquitaine et validé par la Commission départementale des Sites de Gironde le 31 janvier 2006. Il figure dans la liste nationale indicative des sites à classer diffusée par le Ministère de l’Écologie en 2006, à l’occasion du centenaire de la loi de protection des Sites.
Les services du ministère chargé des sites ont entrepris un travail d’instruction de ce projet, avec la réalisation en 2001 et en 2004 d’une Inspection générale validant l'intérêt d'une meilleure protection des lieux.

Rédaction décembre 2014

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