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FICHE | Site classé - SCL0000677 - Ile aux oiseaux
Procédure  Décret 21/08/2008
Acte de classement

Commune(s) d'Aquitaine
LA TESTE-DE-BUCH  (33)
Commune(s) hors Aquitaine
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Autre zone
Domaine marin

Critère
Site d'intérêt pittoresque

Statut de propriété

Type de site
Sites naturels - grands ensembles paysagers

Superficie: 1643.34 hectares
 (superficie calculée par la méthode cartésienne sur la donnée géographique en projection légale Lambert 93)

Motivation de la protection

« Située sur le territoire de la commune de la Teste de Buch, l’île aux oiseaux, une des trois îles du bassin d'Arcachon avec le banc d’Arguin et l’île de Malprat, est à considérer comme unique en raison de sa rareté et de son caractère naturel en fort contraste avec les franges très urbanisées du Bassin d'Arcachon qui l’entourent.

La construction du paysage de l’île est aussi la résultante de plusieurs siècles d’histoire marquée par les usages et leur évolution respective. L’agriculture, l’ostréiculture et les activités de loisirs en sont les trois facteurs principaux. La présence des villages ostréicoles sur le territoire de l’île aux oiseaux apporte un élément patrimonial de valeur, s’intégrant bien aux ambiances paysagères du bassin d'Arcachon.

Le patrimoine paysager et écologique de l’île aux oiseaux est exceptionnel et sa position unique. Les cabanes appartiennent pleinement à ce patrimoine et sont un élément identitaire fort. Les pratiques et les usages ont permis de préserver ce site remarquable mais les pressions touristiques et la gestion des cabanes nécessitent la mise en œuvre de mesures de protection adaptées, assorties d’un plan de gestion permettant la maîtrise de l’évolution des milieux et des paysages » (Extrait du rapport de l’Inspectrice des Sites - 2006).

Etat actuel du site

Environnement
L'île aux oiseaux se situe au centre du Bassin d’Arcachon, lagune mésotidale (à marées comprises entre 1 et 6 m) qui s'étend entre les villes de La Teste de Buch au sud, Lège Cap ferret à l’ouest et le delta de la Leyre à l’est.
Le bassin est largement ouvert sur l'océan Atlantique par l’intermédiaire de passes et constitue une petite mer intérieure de 155 km² à marée haute et de 40 km² à marée basse.
Sur le territoire de la commune de la Teste de Buch au cœur du Bassin d’Arcachon, l'île a une superficie d’environ 190 hectares à marée haute qui peut atteindre 1700 hectares à marée basse.
C'est un repère fort dans l’immense étendue aquatique horizontale grâce à ses modestes volumes, à savoir son bosquet de pins et certaines de ses cabanes. Elle est entourée de chenaux qui permettent son accès, de parcs à huîtres et de bancs de sable particulièrement au nord ouest où sa côte sableuse constitue une plage de plusieurs centaines de mètres de long.
La construction du paysage de l’île aux oiseaux est la résultante de plusieurs siècles d’histoire marqués par les usages et leur évolution respective. L’agriculture, l’ostréiculture et les loisirs en sont les trois facteurs principaux. La première vocation de l’île a été une agriculture sommaire. La faible surface, la pauvreté des sols, sa soumission aux intempéries et surtout son isolement n’ont jamais permis l’émergence d’une économie rurale à part entière. L’ile aux oiseaux fut dès le début du XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XIXe siècle, un lieu de pâturage du bétail. Pour faire pacager les bêtes, il fallait parfois attendre les marées d’équinoxe pour les faire traverser. En 1882, une tempête décime tout le cheptel et signe la fin du pacage. L’île devient un site de plus en plus recherché pour la pêche et la chasse. Débute alors l'aménagement des premières tonnes et étangs.
Les premiers parcs et concessions ostréicoles ont été créés en 1860 et se sont développés très rapidement. Aujourd'hui cette activité a régressé.

Les paysages de l'île
Les paysages changent continuellement au gré des marées, laissant à marée haute, une partie terrestre peu étendue (190 hectares environ). Ce « refuge » est le paysage des lieux secs qui restent à l’abri de l’eau. Cette partie terrestre accueille cinq quartiers de cabanes anciennement construites pour l'activité ostréicole. Ces modestes cabanes sont accompagnées d'aménagements d'agrément (terrasses, plantations, tonnelles) ou d'édicules utilisés pour la chasse. Au nord/ouest une petite pinède dégradée peine à résister aux rudes conditions du milieu, d'intéressants bosquets de Tamaris, quelques faux-acacias, de beaux figuiers, les bruyères à balais, les formes buissonnantes des Baccharis et des Ailhantes plutôt invasives composent la palette arborée et arborescente de l'île. Le reste du site hors d'eau est habillé d'un intéressant couvert herbacé (lavandes de mer, aster maritime, inule, pourpiers...) dont les couleurs et les motifs varient selon la situation et les époques de floraisons. En dehors de ces quartiers, la végétation est majoritairement basse et l'ile est le royaume de la lumière.
Le paysage des transitions entre terre et eau est fait de la ramification des nombreux esteys aux visages changeants d’une marée à l’autre, allant d’une voie d’eau majeure aux couloirs les plus étroits plus ou moins boueux, découpant le marais maritime.
C'est à marée basse que l'entité centrale du bassin révèle au mieux tous ses éléments.
Les vasières ou slikkes inondées à toutes les marées constituent le domaine des herbiers à Zostères naines (Zostera noltii) abritent une faune peu diversifiée mais très abondante (vers, mollusques, crustacés) servant de nourriture aux poissons (marée haute) et aux oiseaux (marée basse). Il s’agit du plus vaste herbier d’Europe (7000 hectares).
Le schorre est recouvert lors des marées de vive-eau et se caractérise par la présence de plantes halophiles formant une couverture végétale dense et continue d’une grande biodiversité (salicorne, aster maritime, …). il assure des rôles importants : il protège les rivages contre l’érosion, a un pouvoir épurateur, abrite et nourrit la faune.
la zone parhalienne est le talus végétalisé très étroit qui sépare le schorre de la zone
On ne peut décrire le paysage visible et sonore de l'île aux oiseaux en oubliant ses principaux résidents dont la présence varie selon les saisons.
Les principales espèces qui hivernent à l’île sont les goélands et la mouette rieuse, la bernache cravant, le courlis cendré, le bécasseau variable et le gravelot à collier interrompu. De nombreux Limicoles stationnent à l’île pendant quelques jours de mars à juin avec un maximum en mai. C’est à cette époque que l’île appartient vraiment aux oiseaux. De juillet à septembre, les stationnements sont moins spectaculaires du fait de la chasse et des activités plaisancières à marée haute. Toutefois les rivages de l’île sont fréquentés à nouveau par des limicoles : chevalier gambette, barge rousse, bécasseau maubèche, le traquet motteux (cul-blanc), puis en octobre l’alouette des champs.
Les canards sont beaucoup plus discrets et fréquentent surtout les vasières de l’île à marée basse. Enfin il existe quelques espèces nicheuses parmi lesquelles le gorge-bleu qui fréquente les zones à baccharis et à soude ligneuse en mai, le tadorne de belon qui niche régulièrement dans des terriers de lapin, et, enfin, le goéland argenté.

Le patrimoine bâti de l'île
Les cabanes sont pour la majorité construites au sol, mais certaines pour éviter les risques d’inondations sont montées sur pilotis (deux cabanes tchanquées). Les cabanes se sont multipliées jusqu’à atteindre le nombre de 102 habitations avant 1910. Du fait des crises successives qui touchent l’ostréiculture, de la motorisation et du développement du tourisme, on assiste à une forte régression du nombre des cabanes (52, dont 42 sur le domaine public maritime). Les cabanes se transforment dès lors pour un usage de loisirs et de chasse. En 1925, une S.C.I. devient propriétaire de 44 hectares au Nord-Ouest de l’île. Cette partie compte aujourd’hui dix cabanes dont une est à étage.
Elles sont toutes occupées de façon temporaire (résidence secondaire, hébergement en période de chasse,...). L’occupation des cabanes sur le domaine public maritime est réglementée par l’arrêté préfectoral de 1962 qui autorise l’occupation temporaire (AOT) aux seuls professionnels : ostréiculteurs et pêcheurs. Cette occupation a été élargie en 1965 et en 1967, ce qui permet d’octroyer des dérogations d’AOT pour l’utilisation des cabanes pour les non-professionnels de la pêche et de l’ostréiculture.
Les formes des cabanes de l’île proviennent directement de la cabane du résinier landais : module simple à ossature bois et toit recouvert de tuiles mécaniques, le plus souvent sur un seul niveau. Le bois est l’unique matériau de construction et son traitement, soit au goudron, soit à la peinture marron foncé leur confère une homogénéité intéressante. Les couleurs (vert, blanc, bleu, jaune, …) sont fréquemment utilisées pour les fenêtres, volets, portes et les toitures rajoutent une teinte orangée. Les cabanes sont regroupées en cinq quartiers, petits hameaux comptant de deux à quinze constructions groupées près d’un estey permettant d’accoster.
L’évolution des modes d’occupation de ces cabanes nécessite un encadrement permanent pour éviter une évolution architecturale expansive et sans rapport avec les qualités du lieu.
Passerelles, quais et perrés participent également au patrimoine bâti de l'île, ils sont de facture simple et pour la plupart confectionnés en bois.

Les deux cabanes « tchanquées » n’ont rien en commun avec les maisons des quartiers. Elles ont été construites sur de hauts pilotis ou échasses (tchanques en gascon) et ont servi pour la garde et la surveillance des parcs à huîtres. Les cabanes actuelles qui datent de 1948 et 1950 marquent le paysage par leur silhouette originale.
Les parcs à huîtres et leurs ribambelles de pignots (piquets limitant les parcs) entourent l’île, marquant le paysage particulièrement à marée basse.
L’Ile aux Oiseaux reste marquée par une vocation ostréicole traditionnelle mais aussi par les pratiques de pêche et de chasse. Cette dernière reste un des usages principaux de l’île. Les chasseurs ont creusé dans le schorre une quarantaine de lacs pour la chasse au gibier d’eau et installé des tonnes qui sont des petites constructions, souvent flottantes, servant à l’affût et de refuge. Ils entretiennent les marais, les esteys et canaux pour garder les qualités cynégétiques du lieu, avec un effet positif pour la préservation de la biodiversité végétale.

Enfin, le tourisme finit naturellement, lui aussi, par gagner les rives de l'île aux Oiseaux. Les premières excursions régulières en bateaux depuis Arcachon datent du début du XXe siècle. Elles n'ont fait depuis lors que se multiplier.

Enjeux et préconisations

L’île fait partie du domaine public maritime, sous la responsabilité de l’État. Seule, une parcelle au nord appartient à un propriétaire privé. Les services maritimes ont concédé au Conservatoire des espaces littoraux et des rivages lacustres le territoire de l’île.

La gestion de l'île est confiée aux collectivités locales (commune de La Teste de Buch et Conseil Général de la Gironde), garantissant une protection durable des milieux naturels ainsi que de la qualité paysagère et architecturale.

Les actions s’attachent à maintenir et développer la qualité actuelle du site :
Maintien d’une fréquentation touristique limitée sur les espaces terrestres.
Définition stricte des nouvelles autorisations d’occupation temporaires (AOT) des cabanes et prescriptions architecturales pour les cabanes et leur environnement direct (terrasse, plantations, …).
Gestion de la végétation (lutte contre les espèces exotiques envahissantes, …).
Gestion des perrés.

Ressources