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FICHE | Site classé - SCL0000586 - Vallée de Gavaudun
Procédure  Décret 21/01/1999
Acte de classement

Commune(s) d'Aquitaine
GAVAUDUN  (47)
LACAPELLE-BIRON  (47)
Commune(s) hors Aquitaine
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Autre zone
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Critère
Site d'intérêt artistique, pittoresque et scientifique

Statut de propriété
Communal et privé

Type de site
Sites naturels - grands ensembles paysagers

Superficie: 270.33 hectares
 (superficie calculée par la méthode cartésienne sur la donnée géographique en projection légale Lambert 93)

Motivation de la protection

« La vallée de Gavaudun est une vallée glaciaire, étroite et sinueuse, qui fut creusée par les eaux vives de la Lède. Elle constitue un passage naturel, reliant la plaine du Lot à la vallée de la Dordogne. Elle a été marquée par chaque étape de l’histoire, mais elle a su garder toute sa poésie. Les grands axes routiers passent loin de la vallée. Les bouleversements humains, et par là même urbains, l’ont épargné, permettant à ses paysages d’être encore bien préservés. Un tel cadre, où la nature joue avec les pierres dorées chargées d’histoire, mérite d’être sauvegardé. Une mesure de classement au titre de la loi du 2 mai 1930 est de nature à assurer une réponse à cet objectif. » (rapport de présentation du projet de classement – non daté )
Dans le rapport de présentation, la carrière n’est pas mentionnée. Par contre, il en est fait mention dans le rapport devant la Commission Supérieure des Sites, daté du 10 mai 1996 mais sans énoncer d’objectif d’amélioration. « … s’ouvre une carrière de gravier, large plaie entaillant le tissu végétal. Carrière exploitée à l’explosif, extrêmement dangereuse, et si mal gérée que toute réhabilitation paysagère paraît impossible à court terme. »
Dans ce même rapport, le choix du périmètre est argumenté. Le parti retenu a été de restreindre le périmètre protégé « aux limites du regard depuis la route » considérant qu’en l’absence de pression foncière, ce postulat était suffisant.
A noter un autre point intéressant dans le compte-rendu de la Commission Départementale des Sites du 8 décembre 1992 : « Le classement permettra de préserver les essences locales et empêcher les plantations anarchiques de peupliers et de résineux qui changeraient totalement l’aspect de la vallée ».

Etat actuel du site

• Environnement du site :
Située au nord-est du département, la vallée de Gavaudun s’inscrit dans une vaste zone boisée (qui se poursuit dans le Lot et la Dordogne). Deux vallées principales entaillent ces plateaux forestiers, celle de la Lémance et celle de la Lède. La vallée de la Lémance, plus large, a subi d’importantes mutations au cours du temps, accueillant des implantations industrielles (menuiserie, cimenterie, etc…) et la voie ferrée, tandis que, plus étroite, la vallée de la Lède est restée à l’écart de ces activités économiques. La vallée de Gavaudun constitue une séquence de cette vallée de la Lède. La rivière prend sa source à six kilomètres environ de Lacapelle-Biron au nord-est et se jette dans le Lot à Casseneuil. La vallée est empruntée par la route RD150 qui rejoint le cours de la rivière à Lacapelle-Biron.
Au nord, à l’amont, le site commence au sud du bourg de Lacapelle-Biron, à l’aval du lieu-dit Courrance. La vallée est relativement ouverte, la vue est belle sur cette limite du site, marquée par des prairies ouvertes de part et d’autre de la route et par la perspective sur le resserrement de la vallée, la route semblant s’enfonçait dans les bois. Si la vue sur l’entrée dans le site est belle, le premier plan est marqué par la présence d’un pavillon récent et d’une aire de stationnement. Les réseaux aériens sont également bien visibles. Une voie secondaire conduit à une scierie également située en limite de site, au lieu-dit le Cabes (présence d’une petite gariotte dans les bois), mais la végétation dense masque les installations. A Courrance, également, en bord de Lède, est implanté un parc d’aventure (parcours dans les arbres, hors site).
Au sud, à l’aval, la topographie marque l’entrée du site. En effet, c’est à la Majoulassie que la rivière quitte la vallée encaissée pour rejoindre un paysage plus ouvert. Il est dommage que cette qualité paysagère soit affectée par la présence d’un bâtiment commercial, avec son aire de stationnement (hors site). Juste à côté, se trouve également le Camping des bastides, (hors site) dont la présence est plus discrète.
Compte tenu de la topographie encaissée de la vallée et du couvert boisé, il y a peu ou pas de perceptions en vue lointaine. L’environnement perçu du site, à part les deux entrées qui viennent d’être décrites, se limite à un horizon boisé. Depuis l’extérieur, peu de vues sur le site excepté à Camp de la Borie sur le versant ouest qui offrent des vues sur le donjon et le château.
Sur la crête à l’est, se trouve le village de Laurenque (seule une petite partie est incluse dans le périmètre, dont l’église).
Plusieurs chemins de randonnée empruntent la vallée (entre Gavaudun et Saint-Avit, entre Lacapelle-Biron et Saint-Avit,…) dont le GR 636.
Le site s’intègre dans le circuit de visite « Château et bastides en Guyenne ».

• Description du site :
Le site s’étire en parallèle au cours de la Lède, de Saint-Avit à l’amont, jusqu’au secteur de Majoulassie, Le Roc, Pouchou, à l’aval, sur un linéaire d’environ 5km (à vol d’oiseau), englobant les versants de part et d’autre de la rivière visibles depuis celle-ci. Cette vallée de Gavaudun est étroite et sinueuse, épousant le cours de la rivière qui serpente, dessinant au moins six méandres fortement accentués et d’autres courbes. Des affleurements calcaires (petites falaises) émergent des boisements, par endroits, en particulier au sud. La vallée est boisée (chêne, érable, noisetier, orme, sureau, aubépine,…) à l’exception de quelques prairies en fond de vallée et parcelles sur les hauts des coteaux. Ainsi le paysage est relativement fermé : le regard s’arrête latéralement aux versants boisés et il est limité par les courbes de la vallée au nord et au sud. Dans ce cadre fermé, les prairies du fond de vallée sont précieuses, elles offrent d’agréables séquences ouvertes, séquences de respiration. Mais malgré ces parcelles ouvertes, la Lède est peu visible car masquée par sa ripisylve (aulne, aubépine, peuplier…).
L’habitat se concentre au niveau de deux agglomérations principales, formant deux pôles à chacune des extrémités du site : le village de Gavaudun et le hameau de Saint-Avit. Il y a également le village de Laurenque sur la crête à l’est. En dehors de ces petites agglomérations, la vallée n’est pas ou peu habitée, exception faite des moulins répartis le long de la rivière. Certains moulins portent des noms qui révèlent en partie la fonction qui leur était certainement affectée (papeterie, forges). Aujourd’hui plusieurs d’entre eux ont été convertis en gîtes, traduisant une certaine activité touristique dans la vallée.
Dans la vallée, les maçonneries en pierre colorée de teinte ocre-jaune donnent une tonalité périgourdine assez marquée. Plus que la forme du bâti, c’est le matériau qui semble déterminant.

En suivant la vallée de l’aval à l’amont, du sud vers le nord, le premier élément bâti observable est le Domaine de Majoulassie, implanté entre boisements et prairies, sur un relief relativement doux. Il s’agit d’une grande bâtisse, aujourd’hui à vocation de gîte rural et chambres d’hôtes.
Rapidement la vallée devient très encaissée jusqu’au village de Gavaudun. Ce segment de la vallée est particulièrement marqué par la présence d’une carrière en activité en rive gauche. Ces abords proches visibles depuis l’espace public ne témoignent d’aucun soin, ni d’aucune préoccupation paysagère malgré la situation emblématique en entrée de Site Classé. La station d’épuration a été implantée en face de la carrière, dans une prairie en contrebas, l’impact paysager est limité.
Un peu plus loin, se trouve l’ancien moulin dit Moulin-du-milieu, puis rapidement, le village de Gavaudun qui est établi en rive gauche, dominé par son château implanté sur un imposant éperon rocheux. Le château, dont la silhouette est caractérisée par un donjon vertigineux, est un élément majeur du village, qui daterait du XIIIème siècle. Depuis le haut du donjon, le regard porte sur l’ensemble du village, la vallée ainsi que les coteaux alentour (église de Laurenque, le Camp de la Borie,…) . Le village semble blotti au pied du château, épousant la base de l’éperon rocheux, notamment au sud. C’est un village charmant présentant un bâti de caractère et un ensemble d’éléments de petit patrimoine qualitatifs comme le lavoir, les jardins alimentés par l’eau canalisée du vallon secondaire,… Les parcelles en prairie entourées de murs en pied du château, côté est, constituent un socle remarquable pour ce dernier. Par le dégagement qu’elles créent et la mise à distance qu’elles imposent, elles permettent de bien lire la topographie. Le traitement en prairie respecte le caractère rural et reste intemporel. Par contre, le stationnement latéral le long de la route, dans ce même vallon, génère des surfaces routières disproportionnées quand elles ne sont pas utilisées. Le stationnement est également possible sur la grande place minérale au centre du village.
Au nord de Gavaudun, le village de Laurenque est implanté sur un petit plateau en forme de proue. Les maisons d’habitation sont organisées autour de deux éléments notoires : l’église Saint-Sardos de Laurenque et les vestiges de l’ancien prieuré Saint-Sardos de Laurenque. La majeure partie du village est hors site, le périmètre inclut néanmoins l’église romane et son cimetière. Un panneau d’interprétation rappelle qu’elle a été construite aux XI-début XIIème siècles et qu’elle était autrefois une annexe du prieuré. Elle est entourée par le cimetière. Côté sud, les pierres tombales sont anciennes, pourvues de hautes croix. Cet espace est clos par un muret et planté de quelques cyprès. A l’est de l’église, les extensions du cimetière sont closes par une épaisse haie (essences horticoles). Une aire de stationnement est présente à proximité.
En poursuivant vers l’amont, dans les méandres de la Lède se trouvent quelques anciens moulins et habitations ponctuelles. Généralement, autour de ce bâti, l’espace est ouvert, jardin ou prairie.
Aux Forges, signalé par de grands conifères, le bâtiment principal accueille aujourd’hui un Gîte. Il y a à cet endroit des ruines de bâtiments et un plan d’eau, bordé de très grands platanes.
Un peu plus au nord, le Ruisseau de Clairfond (carte IGN) rejoint la Lède dans les bois. En amont, il y a une maison ancienne entre boisement et prairie, vers Cabirol. A La Papeterie, quelques bâtiments sont aussi groupés près de la Lède. A partir de là, la vallée s’ouvre légèrement, le versant rive gauche est moins pentu et le fond de vallée s’élargit, avec des parcelles en prairie.
Le moulin de Saint-Avit se situe en aval du village. L’ensemble est restauré, il est entouré d’une végétation exogène (épiceas,…). Quelques animaux pâturent la praire qui le borde. Il a vocation de gîte rural et chambres d’hôtes.
Saint-Avit est un village très pittoresque implanté sur une terrasse en rive droite de la Lède, surplombant les prairies du fond de vallée. On découvre sa silhouette avec un certain recul qui permet des vues d’ensemble depuis la route RD150. Les maisons sont groupées autour de l’église romane (datant des XIIIème-XVème siècles). Petits murets en pierres sèches et potagers traditionnels soulignent le pied du village. En venant du nord, cette vue est masquée par un alignement de peupliers. L’accès en voiture est limité aux riverains et les visiteurs sont invités à stationner sur une aire prévue à cet effet en rive gauche (espace enherbé). Dans le hameau qui conserve un caractère rural, les vieilles maisons sont bien conservées et nombre de façades sont fleuries. Près de l’église, il y a un petit cimetière enherbé avec des caveaux en pierre de taille, et, dans un coin, des buis taillés entourant un monument. Du village partent les chemins menant au moulin et à la Bourdette d’el Tuc située plus au sud. Saint-Avit est le village natal de Bernard Palissy, un musée lui est consacré.

• Etat actuel du site :
D’une manière générale la vallée de Gavaudun est préservée des pressions urbaines. Les boisements et prairies en fond de vallée qui semblent entretenus constituent la majeure partie du site, mais on observe une fermeture progressive de la vallée. L’habitat ancien est dans l’ensemble entretenu et restauré.
La carrière devrait être fermée en juillet 2012. Les réseaux aériens, disparus dans les villages, sont par contre bien visibles dans la vallée.
Le village de Gavaudun est bien entretenu. Le bâti ancien est généralement restauré et de rares constructions récentes s’observent. Par contre, il faut noter les sur-largeurs routières tant pour la place que pour la route qui conduit à Laurenque. Le château a été restauré et équipé pour recevoir du public dans de bonnes conditions de sécurité.
Le village de Laurenque conserve un caractère rural. L’église apparaît en bon état. Dans son environnement proche, il y a des éléments disqualifiants (construction en tôle,…). Des extensions du cimetière ont été faites pour accueillir les caveaux les plus récents, mais la partie initiale conserve un caractère ancien. Le prieuré est en ruine comme évoqué lors de la protection.
Le hameau de Saint-Avit est en bon état et a été globalement restauré, parfois remanié, mais rares sont les fausses notes dans cet ensemble très pittoresque. Certains détails ont été soignés (conteneurs dissimulés par un muret en pierre par exemple). Les véhicules des visiteurs sont maintenus sur l’autre rive, sur un terrain enherbé. Les espaces enherbés (cimetière, accotements), le fleurissement du bâti, les potagers participent au caractère rural du village. Quelques points restent néanmoins délaissés : revêtement de sol dégradé par endroits, destruction d’un muret bordant le chemin menant à la Bourdette d’el Tuc depuis le village, édifice semblant à l’abandon… Au niveau du cimetière, des pierres tombales sont très abîmées et le muret est détérioré par endroits.
Globalement, la vallée conserve un aspect rural pittoresque. Une certaine activité touristique semble se développer sans nuire aux qualités du site.

Enjeux et préconisations

Le périmètre du site de la vallée de Gavaudun épouse le cours sinueux de la Lède, englobant l’étroite vallée et les versants abrupts qui l’encadrent. Les implantations bâties se concentrent dans deux jolis villages, au caractère pittoresque, bien différents l’un de l’autre : à l’amont, Saint-Avit, à l’aval, Gavaudun, dominé par la silhouette remarquable de son château juché sur l’éperon rocheux. Entre les deux villages, le cours de la rivière est ponctué d’anciens moulins plus ou moins restaurés. Le paysage de la vallée est dominé par les boisements sur versants, les prairies semblent devenir résiduelles. L’ensemble reste remarquable mais fragile, en particulier les espaces non bâtis, tant dans la vallée qu’aux abords du bâti, dont le risque de fermeture ou de mutation pourrait mettre en péril le sentiment d’harmonie qui règne dans ce site.
- Prévoir un cahier d’orientation de gestion, plus développé que celui figurant dans le dossier de classement.
- Eviter les fermetures des prairies, par l’enfrichement des saulnaies, sur les visions emblématiques (comme à Saint-Avit, haies de peupliers qui barrent les vues).
- Poursuivre les efforts de restauration du bâti et de valorisation dans les deux villages.
Préserver les jardinets, les potagers, les prés, les seuils de porte fleuris, les treilles, le chemin d’eau (Gavaudun), indissociables de la qualité d’ensemble, enjeu paysager fort, socle, ancrage, contribuant au caractère authentique des lieux.
- A Gavaudun, engager un projet d’aménagement des espaces publics, en particulier la place centrale : limiter les surfaces routières tout en gardant un caractère rural prononcé. Pas de dessin de sol, ni de bordurage mais un retour à des matériaux perméables, d’aspect moins routier, des plantations d’ombrage.
- A Saint-Avit, prévoir une réfection du muret du cimetière abîmé, du revêtement de sol. Envisager une réfection du chemin menant à la Bourdette d’el Tuc depuis le village où les murets le bordant et le soutenant ont été détruit.
- Poursuivre l’effort d’enfouissement des réseaux aériens.
- Accompagner le projet de réhabilitation paysagère lors de la fermeture de la carrière en 2012.
- Améliorer les entrées de site (hors site) si possible, par des plantations qui estomperaient l’impact de l’activité commerciale au sud, du pavillon au nord.
- Etudier la pertinence d’une extension du Site aux parcelles près du Camp de la Borie, en covisibilité directe avec le château ainsi qu’aux abords de l’église Saint-Sardos de Laurenque et le village de Laurenque.
- Prévoir dans le document d’urbanisme, un zonage adapté protégeant déjà ces parcelles et les abords de l’église, et un règlement préservant les qualités architecturales des éléments bâtis.

Visite de terrain et rédaction fiche en juin 2010

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